Premier texte

Il y a quelques temps de cela, j’ai fait la connaissance par internet de l’écrivain Lionel Davoust. Nous avons eu des échanges épistolaires sur l’écriture, sur la motivation, la procrastination et sur les principaux freins à l’écriture. Cette fameuse angoisse de la page blanche. Ce profond mal être à ne pouvoir mettre des idées sur des mots et des mots sur des idées. Le manque de confiance en soi.

Il a récemment lancé un challenge sur son blog. Pour ceux qui le souhaitent, trouver vingt minutes et écrire sur un des dix thèmes proposés. Vous pouvez lire l’article de lancement Déclencheurs pour écrire  et les thèmes de cette première semaine Un conflit frontal.

Je livre ici le texte que j’ai sorti en 20min. Je pense qu’il correspond au déclencheur #5. J’espère qu’il ne contient pas trop de fautes d’orthographe ou de français. Sinon je compte sur vous.

Ce foutu tube de dentifrice était posé là, sur le bord du lavabo. Le capuchon gisait un peu plus loin, comme d’habitude. Il leva les yeux, fixa son image dans le miroir. Des traits fatigués. Une légère lueur de colère et un frisson qui lui montait le long de l’échine.

Il prit le tube et le balança en travers de la pièce. Du dentifrice gicla sur les murs comme du sang après un coup de couteau.

Il franchit la porte, se cognant l’épaule au passage dans l’encadrement et jura.

« Marie. » Il longea le couloir en direction de la chambre. « Marie ça fait vingt fois que je te dis de reboucher le tube de dentifrice. J’en ai marre, t’entends ? Ras le bol. Alors tu vas le ramasser, le reboucher et le ranger. Compris ? »

La petite fille se tenait recroquevillée sur son lit. Elle regardait cet homme terrible vêtu d’une chemise blanche et d’un pantalon de jeans délavé. Il fallait bouger. Maintenant. Ordonner à ce corps frêle de se mouvoir, de descendre du lit sans un bruit, d’aller dans la salle de bain, de ramasser le tube probablement explosé et de nettoyer sans un mot. Il fallait qu’elle obéisse.

« Ne me force pas à… »

« …me répéter, » chuchota-t-elle en impulsant un début de mouvement.

« Quoi ? »

Ne pas répondre. Surtout pas.

Elle parvint à détendre un peu ses muscles. Lentement, comme engourdie par une nuit d’hiver, elle passa près de lui et sentit son odeur de frites et d’huile recuite. Un léger haut-le-cœur. Il ne bougea pas. Elle se glissa entre lui et la porte sans même bousculer le peu d’air qui s’y trouvait.

Elle remonta le couloir. Ses pas résonnaient dans son esprit. Elle pensa à ces prisonniers qui remontaient eux aussi un couloir, vers une porte, la dernière porte, le dernier couloir.

Le tube se tenait bien là comme elle se l’imaginait, pauvre corps longiligne lâchement assassiné.

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