Entre père et fille

Voici la traduction d’un des poèmes de mon recueil breton Pa gavan hir ma amzer édité chez Skrid.

Je la regarde
droit dans ses yeux noisettes
ses cheveux rougeâtres lui caressent les lèvres.
J’observe ce visage
qu’éclaire un jeune soleil.

Je l’observe
et je vois bien
qu’elle ne comprend pas.

La méfiance passe
nuage noir
et lent
dans le ciel clair
de sa jeune vie.

Elle n’ose rien demander.

Parfois
je lui fais croire
que je ne sais pas ma langue maternelle.
Et ça ne l’étonne pas.

« Ma bouche ne veut pas parler breton, » ((en français dans le texte)) dit-elle
et la mienne est fatiguée du français.

Parfois je fais un pas
vers elle et je parle sa langue
avec l’espoir qu’elle viendra vers la mienne.
Et je perds confiance.

Elle me regarde
droit dans mes yeux bleus
mes cheveux blonds piqués sur la tête
Elle observe ce visage
qu’éclaire un antique soleil.

Elle m’observe
et voit bien
que je ne comprends pas.

Alors, elle dit
de sa petite voix douce
« Da garout a ran, Tata » ((« Je t’aime, Papa. » en breton dans le texte))
Comme un pont
au-dessus du gouffre.

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