L’Empire contre attaque

C’est le titre qui m’est venu en voyant la vidéo commise par la SNCF à propos de la Bretagne et de la langue bretonne. Vous ne savez peut-être pas qu’une lutte pacifique s’est engagée depuis quelques années déjà entre le collectif Ai’ta et la SNCF pour que cette dernière respecte notre langue en apposant une signalétique en breton digne de ce nom et que les agents puissent faire leurs annonces en breton dans notre pays. Cette lutte, qui se traduit par des actes symboliques comme représenter la mort de la langue en se couchant sur le sol, par des cours de breton sauvages, par des danses dans les halls de gare, a le don d’irriter la direction de la SNCF. Les revendications légitimes d’une réparation historique, d’une reconnaissance d’une langue sur son territoire, peuvent sembler dérisoires tant qu’on n’en est pas victime, tant qu’on estime sa propre langue comme supérieure à toute autre, seule à même d’exprimer le monde et une haute pensée intellectuelle.

Le mépris et la haine en France peuvent difficilement s’exprimer concernant certaines nationalités, certaines cultures sans avoir des associations de lutte contre le racisme sur le dos. C’est une bonne chose, mais la négation de l’existante d’autres nations (je ne dis pas « états ») sur son territoire (un et indivisible, « Ein Reich », avec un seul peuple français, « Ein Volk », et une seule langue officielle le français « Eine Sprache » — oui, c’est le point Godwin, comment ne pas l’atteindre rapidement ici en France quand on se souvient de la « race supérieure » de Jules Ferry). On peut donc se permettre de cracher au visage des Bretons, des Alsaciens, des Catalans, des Flamands, des Occitans, des Basques et des Corses (encore que là…) sans être inquiété par la justice, puisque comme nous l’avons vu, en France il n’existe qu’un seul peuple, le peuple français. Valls nous l’a rappelé dernièrement.

Or donc, il n’est pas interdit de railler, de montrer du doigt, de ridiculiser de manière officielle (on se rappellera Pasqua et son « les Bretons c’est comme les cochons… » en 1992). Le service communication de la SNCF a pondu une petite vidéo, ô combien hilarante, sur Parler le breton en 5 leçons. Je vous laisse vous fendre la pomme à cidre…

Vous n’avez peut-être aucune notion de breton, vous ne bondirez pas en entendant le comédien (?) parler, vous oreilles ne saigneront pas, mais ayez une pensée pour nous. Vous apprécierez le ramassis de clichés, les approximations, et ce ton légèrement condescendant.

Nous attendons avec impatience la version Parler le francilien en 5 leçons avec autant de dérision.

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