L’Empire contre attaque

C’est le titre qui m’est venu en voyant la vidéo commise par la SNCF à propos de la Bretagne et de la langue bretonne. Vous ne savez peut-être pas qu’une lutte pacifique s’est engagée depuis quelques années déjà entre le collectif Ai’ta et la SNCF pour que cette dernière respecte notre langue en apposant une signalétique en breton digne de ce nom et que les agents puissent faire leurs annonces en breton dans notre pays. Cette lutte, qui se traduit par des actes symboliques comme représenter la mort de la langue en se couchant sur le sol, par des cours de breton sauvages, par des danses dans les halls de gare, a le don d’irriter la direction de la SNCF. Les revendications légitimes d’une réparation historique, d’une reconnaissance d’une langue sur son territoire, peuvent sembler dérisoires tant qu’on n’en est pas victime, tant qu’on estime sa propre langue comme supérieure à toute autre, seule à même d’exprimer le monde et une haute pensée intellectuelle.
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Mordred

couverture Mordred
Mordred (et Erminig)

Il y a quelques temps, je vous avais fait part de mon ressenti après avoir rencontré Justine Niogret au château de Comper. Vous aurez bien compris le second degré, sinon vous pouvez relire le billet avec un autre œil.

J’ai abordé ce livre avec appréhension. Tout le monde sait qu’un livre ne fait pas l’autre et qu’on a beau aimé le travail d’un auteur ou d’une autrice en général, il y a toujours des exceptions à la règle. L’appréhension venait du sujet. Les légendes arthuriennes ont été exploitées maintes fois, pas toujours avec bonheur. Bien souvent, trop souvent, il s’agissait d’Arthur, de Lancelot, de Guenièvre, le trio amoureux faisant toujours recette. Maintes fois aussi on a suivi Merlin. Combien ont donné la parole à Mordred ?

C’est ce que fait Justine Niogret dans ce roman. Suite à une blessure dans un tournoi, Mordred est alité et oscille entre les songes, qui le ramènent dans son passé pour mieux le faire réfléchir sur son présent et son avenir, et la douloureuse réalité, celle de la souffrance physique, du mal qui le paralyse.

L’écriture de Justine est toujours aussi forte, aussi prenante, poétique et très crue parfois. J’y suis sensible. J’ai plongé dans son univers, j’ai écouté ce que ce personnage, meurtrier d’Arthur avait à me dire et je suis heureux de l’avoir fait. Justine nous parle de la place de chacun dans les légendes, de la force du destin, des sacrifices qu’il demande, mais surtout elle nous parle d’Amour. C’est l’amour qui permet à Mordred et Arthur de faire face à leur destin, à ces choses imposées devant lesquels aucune fuite n’est possible.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’éditeur: www.mnemos.com

Rencontre abominable au château de Comper 😂

Il y a des gens qu’on ferait mieux de ne jamais rencontrer. Pour vous éviter les mêmes déboires que moi,  je poste le portrait des deux individus, qui osent se prétendre auteurs, que j’ai eu la malchance de croiser aujourd’hui au château de Comper. Il s’agit de Justine Niogret et de Lionel Davoust. Si vous les apercevez, n’achetez surtout pas leurs livres, n’allez pas à leur rencontre pour une dédicace, ils sont parfaitement odieux.
Non vraiment je vous déconseille absolument Chien du heaume et Mordre le bouclier de Justine Niogret, dont je n’ai pas acheter le roman Mordred tant j’avais peur de m’ennuyer comme avec la duologie susnommée; ni la trilogie du Léviathan, dont je n’ai pas pris le deuxième tome pour ne pas connaître la suite de cette horrible histoire tout en longueur sans action aucune.

Ça m’a évité une dédicace insipide. Et quand je vois le portrait que j’ai réussi à en tirer… Je ne regrette rien. 

Pouce Pouce

pigos_moutig

La dernière mode avec ma fille c’est le Pouce Pouce. Je vous avoue que je ne savais pas que ça s’appelait comme ça ou bien je l’ai su mais c’est parti aux oubliettes de ma mémoire. Donc, l’autre jour, dans un numéro d’un magazine pour enfant en breton, qui n’existe plus, du nom de Moutig, il y avait un de ces fameux Pouce Pouce. L’intérêt de ce jeu est multiple. Premièrement, il permet de travailler le découpage et le pliage. Et j’en ai fait les frais le premier puisque je ne suis pas un habitué des travaux manuels et que je ne connais pas les codes en vigueur, pour moi les pointillés c’est là où on coupe. Du coup, je lui ai fait découper à l’endroit du pliage… On apprend de ses erreurs, non ? Un peu de ruban adhésif et c’est réparé. L’autre avantage, c’est de pouvoir travailler sur le vocabulaire des couleurs et des nombres pour les plus simples ou bien, comme celui que vous voyez à droite, le vocabulaire des animaux avec une structure de phrase simple.

Ma fille était contente alors je lui ai dit qu’elle pourrait l’emmener à l’école pour jouer avec ses camarades. Apparemment ça a plu à leur enseignante parce que le soir même ils sont revenus son frère et elle avec un pouce pouce fabriqué à l’école. Ma fille avait pris un livre et écrit des questions en rapport avec l’histoire. Elle a fait des fautes mais le principal dans le jeu c’est de s’approprier la langue sans contrainte, juste pour le plaisir. Mon fils ne sachant pas écrire, il a fait les points de couleur et laissé en blanc sous les rabats. Il improvise le texte en fonction de son humeur.

Je vous laisse regarder le pouce pouce fait par ma fille. Pour les parents qui ne parlent pas la langue dans laquelle sont scolarisés leurs enfants, ça peut être un moyen de leur faire pratiquer. En breton, l’enfant pourra dire:

  • Lavar din un niver etre unan ha dek (dis-moi un nombre entre un et dix)
  • Dibab ul liv (choisis une couleur)

Il ou elle se fera sans doute une joie de vous apprendre à compter et à nommer des couleurs.

 

La colline était ronde

La colline était ronde
Comme le ventre de cette mère
blonde
que le temps a effacé.

Je regardai le ruisseau
au loin
s’enfoncer dans la mer
insouciant
comme je le fus
m’extirpant de la mienne.

De l’autre côté, brume
et nuages s’embrassaient
comme un tableau vieilli, abimé
que l’on ne peut restaurer.

Le soleil, ce jour-là,
faisait comme un nombril
au milieu du néant.
Je cherchai en vain
le cordon qui me mènerait à lui
quand cette main m’a pris.

« Laisse le soleil de l’autre côté de la porte du temps, »
me dit-elle.
Elle inséra le clef, tourna
puis me la fit manger.

Je ne saurais dire
si elle avait le goût
du regret
ou de l’amertume.

De l’autre côté de la porte,
au bout du chemin pavé de jaune,
la colline était ronde
comme le ventre de cette mère
que le temps
venait de dessiner.

Ici vont les morts – Le grand livre du vaudou, tome 1

Voici cinq ans que je faisais la connaissance de Valériane Duvivier pour illustrer le livre de Goulc’han Kervella, Pezhioù-c’hoari farsus, édité par Mouladurioù Hor Yezh. Cette collaboration aurait pu s’arrêter là si je n’avais découvert son webcomics Ici vont les morts. J’ai immédiatement eu envie de le traduire en breton. Nous manquons cruellement de ce genre de littérature dans notre langue et j’aime le style de Valériane. Elle a accueilli cette idée avec enthousiasme et il ne s’est pas tari depuis, pas plus que le mien. Au fur et à mesure de la publication sur internet, l’envie montait en moi de tenir une version papier dans les mains. La dématérialisation a ses aspects pratiques, les murs de mon bureau me le rappellent sans cesse, mais je suis encore un amoureux du papier. L’amour a ses raisons, vous savez. Et puis, j’imagine que matérialiser un projet sur papier lui donne une existence plus grande, plus concrète. Je ne vous demande pas de partager mon opinion. Toujours est-il que je me suis mis en quête d’un éditeur pour la traduction que je faisais d’Ici vont les morts. Mes recherches furent infructueuses. Le premier éditeur n’a pas voulu prendre le risque d’un premier tome ne sachant pas si les suivants viendraient réellement. Je peux le comprendre. Valériane n’est pas connue. Il s’agit d’un webcomics au départ avec tout ce que cela peut représenter d’éphémère et donc de risqué. Le second éditeur n’y a rien compris. Pas sa came. Je peux le comprendre aussi. Alors, il ne restait plus qu’une solution, relancer la maison d’édition associative que j’avais laissée dormir depuis une dizaine d’années, Ar Gripi. Je tiens à remercier les deux éditeurs qui ont refusé le projet. Sincèrement. Sans eux, les créateurs d’Ar Gripi n’aurait pas sorti l’animal du sommeil. Continuer la lecture de « Ici vont les morts – Le grand livre du vaudou, tome 1 »

Cher Monsieur X

On retrouve de ces choses en triant sa correspondance. Je ne sais plus de quand datent ces quelques vers.

Votre message sympathique
Empreint de regrets poétiques
Me touche profondément
Moi, le vilain garnement.
C’est que, dans ma joie de vous avoir plu
Et malade, peut-être, d’une facebookite aiguë,
Je vous ai invité d’un clic
A faire partie de ma clique. Continuer la lecture de « Cher Monsieur X »

Entre père et fille

Voici la traduction d’un des poèmes de mon recueil breton Pa gavan hir ma amzer édité chez Skrid.

Je la regarde
droit dans ses yeux noisettes
ses cheveux rougeâtres lui caressent les lèvres.
J’observe ce visage
qu’éclaire un jeune soleil.

Je l’observe
et je vois bien
qu’elle ne comprend pas.

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Pa gavan hir ma amzer article dans Le Télégramme

Luc'hskeudenn ar golo gant Jean-Marie Renault
Luc’hskeudenn ar golo gant Jean-Marie Renault

Christian Le Meut, journaliste au Télégramme et dans l’émission Bec’h de’i! entre autres, a rédigé une page dans l’édition d’aujourd’hui sur trois recueils de poésie, dont le mien. Ma famille et mes amis — dans le temps j’aurais dit « de tout poil » mais à l’heure des relations virtuels, je dirai « de tous réseaux sociaux » — qui ne parlent pas breton apprécieront de savoir ce qu’on en dit dans la presse. Continuer la lecture de « Pa gavan hir ma amzer article dans Le Télégramme »

Bret*

Vous voulez une blague « bretonne » les copain.ine.s?

C’est l’histoire d’un.e Breton.ne qui rencontre une vieille connaissance. Après avoir discuté de tout et de rien, le Breton décide de faire son coming-out auprès de son ami.e.
— Je suis Bretillien.ne.
— Tu es quoi ?
— Bre-til-lien.ne
— Breutillien.ne ?
— Non, Brétillien.ne.
— Ah ! Donc ça s’écrie comme ça ne se prononce pas quoi.
— Voilà.
— Et c’est où la Bretillie ?
— En Bretagne.
— Ah bon ? Où exactement ?
— En fait, ça s’appelle l’Ille-et-Vilaine.
— Ah ouais. On disait pas un.e habitant.e d’Ille-et-Vilaine ?
— Si si, quand il fallait préciser, sinon on disait un.e Breton.ne.
— La vache ! Pas de bol.
— Oui, tu sais, c’était tellement impératif de nous trouver un gentilé pour faire comme les copains d’à côté les Finistériens, les Costarmoricains (et encore celui-là, mon correcteur orthographique le souligne en rouge), les Morbihannais, les habitants de Loire-Atlantique.
— On dit pas Ligérien.ne.s ?
— Oh malheureux, non ! Et puis dans le Larousse, on n’indique aucune appellation particulière.
— Mais qui a bien pu décider de ce gentilé ?
— Les pontes, tu sais, ça aime bien dépenser du fric pour des choses inutiles. Et après ça nous rabâche qu’il n’y a pas de sous dans les caisses. Faut dire qu’ils n’avaient pas réussi à faire passer le changement de nom du département en Haute-Bretagne il y a quelques années. Ils devaient ronger leur frein depuis un moment. Ils avaient envie de changer un truc. Il fallait que ça passe coûte que coûte. Alors on a organisé un sondage histoire de faire un peu illusion et puis on a pris la décision entre gens de bonne compagnie pour la modique somme de quelques dizaines de milliers d’euros. Tu sais, cet argent ne pouvait pas être mieux employé. Et puis le dossier a été tellement transparent…
— Ok, mais certains s’en servent de ce sobriquet euh ce gentilé ?
— Parmi ceux que je connais, non, mais tu sais, on sait faire ce qu’il faut pour matraquer ce genres de choses. Les médias c’est pratique et leur indépendance est toute relative puisqu’ils reçoivent des fonds publics.
— Tu ne vas pas me sortir la théorie du grand complot quand même ?
— Non, inutile. D’ailleurs je t’invite à lire le site http://etreounepasetrebretillien.com.
— Du coup dans tout ça, tu es vraiment bretillien.ne ?
— Tu rigoles ou quoi ? Tu crois que je répondrais « Je suis bretillien.ne » à quelqu’un qui me demande ce que je suis ? Non, je dirais comme d’habitude: « Je suis breton.ne ». Allez, kenavo dit!
— Eh mais kenavo ça veut pas dire bonjour ?
— Faut vraiment tout t’apprendre à toi.
(rires en boîtes)

Voilà. Vous allez me dire que ce texte n’était pas drôle. Ben si, autant que le sketch de Gad Elmaleh qui rêve d’une banque… En attendant, le battage médiatique pour nous imposer ce machin me gonfle sérieusement. C’est un travail sur l’identité du département ça ? Vraiment ? La Bretillie entre la Bretagne et l’Ille, Terre de contrastes située entre ses voisins des deux côtés, qui regarde la mer et embrasse la terre. Venez visiter ses habitants si étranges qui n’avaient pas de nom n’en dormaient pas la nuit.

Pokoù deoc’h les potos.

Hag evit ar vrezhonegerien e tegas soñj deoc’h eus ma fennad all: