L’Empire contre attaque

C’est le titre qui m’est venu en voyant la vidéo commise par la SNCF à propos de la Bretagne et de la langue bretonne. Vous ne savez peut-être pas qu’une lutte pacifique s’est engagée depuis quelques années déjà entre le collectif Ai’ta et la SNCF pour que cette dernière respecte notre langue en apposant une signalétique en breton digne de ce nom et que les agents puissent faire leurs annonces en breton dans notre pays. Cette lutte, qui se traduit par des actes symboliques comme représenter la mort de la langue en se couchant sur le sol, par des cours de breton sauvages, par des danses dans les halls de gare, a le don d’irriter la direction de la SNCF. Les revendications légitimes d’une réparation historique, d’une reconnaissance d’une langue sur son territoire, peuvent sembler dérisoires tant qu’on n’en est pas victime, tant qu’on estime sa propre langue comme supérieure à toute autre, seule à même d’exprimer le monde et une haute pensée intellectuelle.
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Rencontre abominable au château de Comper 😂

Il y a des gens qu’on ferait mieux de ne jamais rencontrer. Pour vous éviter les mêmes déboires que moi,  je poste le portrait des deux individus, qui osent se prétendre auteurs, que j’ai eu la malchance de croiser aujourd’hui au château de Comper. Il s’agit de Justine Niogret et de Lionel Davoust. Si vous les apercevez, n’achetez surtout pas leurs livres, n’allez pas à leur rencontre pour une dédicace, ils sont parfaitement odieux.
Non vraiment je vous déconseille absolument Chien du heaume et Mordre le bouclier de Justine Niogret, dont je n’ai pas acheter le roman Mordred tant j’avais peur de m’ennuyer comme avec la duologie susnommée; ni la trilogie du Léviathan, dont je n’ai pas pris le deuxième tome pour ne pas connaître la suite de cette horrible histoire tout en longueur sans action aucune.

Ça m’a évité une dédicace insipide. Et quand je vois le portrait que j’ai réussi à en tirer… Je ne regrette rien. 

Bret*

Vous voulez une blague « bretonne » les copain.ine.s?

C’est l’histoire d’un.e Breton.ne qui rencontre une vieille connaissance. Après avoir discuté de tout et de rien, le Breton décide de faire son coming-out auprès de son ami.e.
— Je suis Bretillien.ne.
— Tu es quoi ?
— Bre-til-lien.ne
— Breutillien.ne ?
— Non, Brétillien.ne.
— Ah ! Donc ça s’écrie comme ça ne se prononce pas quoi.
— Voilà.
— Et c’est où la Bretillie ?
— En Bretagne.
— Ah bon ? Où exactement ?
— En fait, ça s’appelle l’Ille-et-Vilaine.
— Ah ouais. On disait pas un.e habitant.e d’Ille-et-Vilaine ?
— Si si, quand il fallait préciser, sinon on disait un.e Breton.ne.
— La vache ! Pas de bol.
— Oui, tu sais, c’était tellement impératif de nous trouver un gentilé pour faire comme les copains d’à côté les Finistériens, les Costarmoricains (et encore celui-là, mon correcteur orthographique le souligne en rouge), les Morbihannais, les habitants de Loire-Atlantique.
— On dit pas Ligérien.ne.s ?
— Oh malheureux, non ! Et puis dans le Larousse, on n’indique aucune appellation particulière.
— Mais qui a bien pu décider de ce gentilé ?
— Les pontes, tu sais, ça aime bien dépenser du fric pour des choses inutiles. Et après ça nous rabâche qu’il n’y a pas de sous dans les caisses. Faut dire qu’ils n’avaient pas réussi à faire passer le changement de nom du département en Haute-Bretagne il y a quelques années. Ils devaient ronger leur frein depuis un moment. Ils avaient envie de changer un truc. Il fallait que ça passe coûte que coûte. Alors on a organisé un sondage histoire de faire un peu illusion et puis on a pris la décision entre gens de bonne compagnie pour la modique somme de quelques dizaines de milliers d’euros. Tu sais, cet argent ne pouvait pas être mieux employé. Et puis le dossier a été tellement transparent…
— Ok, mais certains s’en servent de ce sobriquet euh ce gentilé ?
— Parmi ceux que je connais, non, mais tu sais, on sait faire ce qu’il faut pour matraquer ce genres de choses. Les médias c’est pratique et leur indépendance est toute relative puisqu’ils reçoivent des fonds publics.
— Tu ne vas pas me sortir la théorie du grand complot quand même ?
— Non, inutile. D’ailleurs je t’invite à lire le site http://etreounepasetrebretillien.com.
— Du coup dans tout ça, tu es vraiment bretillien.ne ?
— Tu rigoles ou quoi ? Tu crois que je répondrais « Je suis bretillien.ne » à quelqu’un qui me demande ce que je suis ? Non, je dirais comme d’habitude: « Je suis breton.ne ». Allez, kenavo dit!
— Eh mais kenavo ça veut pas dire bonjour ?
— Faut vraiment tout t’apprendre à toi.
(rires en boîtes)

Voilà. Vous allez me dire que ce texte n’était pas drôle. Ben si, autant que le sketch de Gad Elmaleh qui rêve d’une banque… En attendant, le battage médiatique pour nous imposer ce machin me gonfle sérieusement. C’est un travail sur l’identité du département ça ? Vraiment ? La Bretillie entre la Bretagne et l’Ille, Terre de contrastes située entre ses voisins des deux côtés, qui regarde la mer et embrasse la terre. Venez visiter ses habitants si étranges qui n’avaient pas de nom n’en dormaient pas la nuit.

Pokoù deoc’h les potos.

Hag evit ar vrezhonegerien e tegas soñj deoc’h eus ma fennad all:

A mes grand-parents

Vous n’allez peut-être pas le croire, mais l’odeur du savon de chez mes grand-parents vient à nouveau d’envahir mes narines. Je revois la salle de bain. Vide. Il y a la lumière fragile du plafonnier. La baignoire à gauche. Le lavabo. Le bidet quelque part entre les deux. Je crois.Sur le lavabo, le porte-savon et le savon lui-même qui m’a servi tant de fois. Il y a aussi le blaireau dont les poils se dressent vers le plafond.

C’est étrange. Chaque fois que j’ai revu en esprit les pièces de ce petit appartement de région parisienne, elles étaient toujours vides. Même dans mes rêves. Surtout dans mes rêves. La chambre de mes grand-parents, avec cette armoire que j’avais fini par récupérer. La chambre de mon père. Je remonte les marches. Un vieux papier peint fait de marron, de vert et d’innombrables cerfs qui courent, qui fuient peut-être d’invisibles chasseurs.
Dans le salon siègent encore des meubles qui me viendront aussi et dont j’ai dû me défaire. Le temps abîme tout. Le téléviseur à bouton sur son piédestal à roulettes qui entonnent encore l’École des fans. La fenêtre à double battant qui donne sur le balcon. De là je vois l’aire de jeu. La cage aux poules. Le tunnel en béton qui sentait l’urine de chien. La petite piste de sable qui accueillait nos courses de billes. L’espèce de préau qui résonnait souvent sous les coups des ballons. Je crois bien qu’il y avait un tourniquet aussi. Et quelques grands arbres, des sapins ?

Sous le balcon, la terrasse qui donnait sur les escaliers et l’ascenseur. Quand je jouais dehors et que le klaxon mélodieux du marchand de glace retentissait, je courais me mettre en contrebas du balcon et j’attendais la pièce à régal. Cinq ou dix francs peut-être emballés dans une feuille de papier essuie-tout pour amortir la chute. Le prix d’une fusée. Une glace à l’eau pleine de colorant que je n’offrirais probablement pas à mes enfants, si elle existait encore.

Je referme la fenêtre et je vais dans la minuscule cuisine. Il y a juste de la place pour une table quelques placards autour de l’évier.

Je me souviens même des toilettes. Sombres elles aussi. Toutes les ampoules étaient faibles.

Je passe la porte d’entrée. Le couloir de l’immeuble est désert. Pas un bruit. Au fond à droite, comme à gauche d’ailleurs, mais nous passions souvent par la droite, deux battants de verre. Je me rappelle qu’un jour où j’avais entendu le camion du marchand de glace, j’étais sorti en trombe et j’avais cru les portes ouvertes. Je n’avais réalisé mon erreur qu’au clong que fit mon crâne contre la porte. J’avais quand même réussi à avoir ma fusée et une belle bosse en prime.

J’arpente les couloirs comme des souvenirs et je n’y vois jamais ces deux êtres que j’ai aimé de tout mon cœur. Tout est vide. Irrémédiablement vide. Diablement vide. Comme s’ils avaient fui. Comme si je les avais fait fuir.

Alors parfois dans mes rêves je découvre des portes dans des endroits improbables de l’appartement. Des couloirs qui me donnent l’espoir de les retrouver. Et toujours cet espoir meurt et avec lui une partie de moi-même.

Il ne reste que des instantanés. Les ongles jaunis de mon grand-père et son odeur de « Gauloises ». Ses cheveux blancs et ses mots fléchés. Le petit verre de jaune. Ses baskets à scratch, les chaussures pour handicapés comme il disait.

Ma grand-mère est assise dans son fauteuil, enveloppée de sa robe de chambre. Ses cheveux qui frisent un peu. Son sourire. Elle est partie bien avant lui. Trop tôt, beaucoup trop tôt. C’est toujours trop tôt pour les gens qu’on aime.

Je me pose toujours la question de savoir ce que je serais devenu s’ils avaient vécu tous deux avant que je ne prenne le chemin de l’université. Surtout elle. Surtout elle qui parlait cette langue étrangère que j’ai toujours rechigné à apprendre. Parce qu’elle n’était plus là ?
Elle la parlait et pourtant je crois bien n’avoir jamais entendu que guten Appetit. C’est certainement faux. Sa famille est déjà venue nous visiter. J’ai sûrement entendu d’autres mots, d’autres phrases.
Alors je me dis souvent que je devrais l’apprendre, que ce n’est pas trop tard. C’est vrai. Mais je n’apprendrai plus rien d’elle. Plus rien d’eux. Plus rien de ce prisonnier de guerre et de cette jeune allemande.

Le temps abîme tout. Les souvenirs, les espoirs, et les vies qui s’accrochent au passé.