Pa gavan hir ma amzer article dans Le Télégramme

Luc'hskeudenn ar golo gant Jean-Marie Renault
Luc’hskeudenn ar golo gant Jean-Marie Renault

Christian Le Meut, journaliste au Télégramme et dans l’émission Bec’h de’i! entre autres, a rédigé une page dans l’édition d’aujourd’hui sur trois recueils de poésie, dont le mien. Ma famille et mes amis — dans le temps j’aurais dit « de tout poil » mais à l’heure des relations virtuels, je dirai « de tous réseaux sociaux » — qui ne parlent pas breton apprécieront de savoir ce qu’on en dit dans la presse. Continuer la lecture de « Pa gavan hir ma amzer article dans Le Télégramme »

Cet instant de…

… là, vous y auriez mis à peu près n’importe quoi non ? Pour moi, ce sera du plaisir. Le plaisir de m’être offert cet instant aujourd’hui pour forger un tweet qui ressemblait à de l’écriture, ou plutôt à un jeu d’écriture.
Une personne que je suis @LaLangelliere cite une journaliste, écrivaine et femme politique dont je ne connaissais même pas l’existence : Françoise Giroud. La citation était la suivante :

La vérité, c’est le feu. Rien ne s’y mêle qu’elle ne dévore. On ne joue pas avec le feu.

J’ai trouvé ça profond, beau, simple. Alors je me suis dit et si j’essayais d’imiter ça en parlant du mensonge. Vint l’instant. L’instant où vous savez que vous avez quelque chose à faire de cette idée et que vous serez fier du résultat, peu importe qu’il ne soit pas bon.
Ce ne fut que le plaisir simple de jouer avec les mots, de tordre mes pensées pour réussir à sortir une idée que je voulais la plus proche possible de celle de l’écrivaine. Au bout de cet instant surgit enfin ceci :

Le mensonge, c’est l’eau. Rien n’y plonge qu’elle n’engloutisse. On ne vit pas sans eau.

Je ne vais pas vous mentir, j’ai éprouvé une certaine fierté en écrivant ces mots et j’en éprouve encore.
Pour nombre d’entre-vous cela peut paraître facile, vous l’auriez fait dix fois mieux, tellement mieux même, que vous n’auriez pris la peine de perdre votre temps dans un tel exercice.
Pour moi ce ne fut pas facile, parce que, parfois, j’ai honte de ce que je peux penser. Non pas que mes pensées soient d’une perversité digne de l’asile, mais j’ai honte de ce qui peut sortir de mon esprit, comme si c’était de si peu de valeur que je ferais mieux de me taire, de laisser ce silence visuel qui fait que la pensée non écrite est d’or.
Je suis une vrai mine d’or. Si vous saviez tout ce que je tais, tout ce que j’enfouie parce que, les dieux m’en soient témoins, je ne suis pas un grand penseur, pas la moitié du quart d’un philosophe. Et puisque je ne pourrai jamais marquer ce siècle, pourquoi donc l’ouvrir, m’ouvrir ?
Pourquoi tenter de partager avec les inconnus, ou non, que vous êtes, ce qui peut me traverser l’esprit ?

Je n’en sais rien.
L’envie m’est venue de le faire. Peut-être le ferai-je encore. Sûrement. A moins que vous ne préféreriez que je reste cette mine d’or cachée, enfouie sous une cité perdue au fond d’un océan ?

La nuit je mens

Je mens le jour aussi. Je me mens à moi-même sans tromper personne. Et je lis, cherchant la Vérité dans cet océan de vérités éphémères. Et j’écoute ces voix qui disent la leur. Moi je n’ai que des mensonges à vous servir, qui ne vous tromperont pas. Je n’ai jamais su vous mentir, ni vous cacher ce que je ne saurais voir. Je mens tout en énonçant une vérité. Je suis sur la route, bien loin derrière Kerouac dont les couac et les ouac m’ont mis des claques. Tout ce retard pris, j’en ferais rire les types de la SNCF. Pas un rail pour m’aider. A quoi bon ? Je me tape une bière qui me tape et je frappe, je touche, et on me mouche. Me reste à la bouche que ce goût… amer.Oh merde et sarcasmes ! Les Sargasses m’agacent. Pas un pet, pas un souffle, pas un son. A quoi bon ? Je brode, je frotte, j’érode et éructe. Rejoué, réchauffé, remâcher. Ecran de micro-onde au dessus du clavier. Hello, c’est chaud, deux minutes trente. Et puis tout ramolli. Une consonne, deux voyelles et le con sonne puis se fait la belle.

 Ne crains pas le Reaper. Je ris de peur de pleurer. A qui tendre cette main tremblante qui tient un coupe papier ?

Premier texte

Il y a quelques temps de cela, j’ai fait la connaissance par internet de l’écrivain Lionel Davoust. Nous avons eu des échanges épistolaires sur l’écriture, sur la motivation, la procrastination et sur les principaux freins à l’écriture. Cette fameuse angoisse de la page blanche. Ce profond mal être à ne pouvoir mettre des idées sur des mots et des mots sur des idées. Le manque de confiance en soi.

Il a récemment lancé un challenge sur son blog. Pour ceux qui le souhaitent, trouver vingt minutes et écrire sur un des dix thèmes proposés. Vous pouvez lire l’article de lancement Déclencheurs pour écrire  et les thèmes de cette première semaine Un conflit frontal.

Je livre ici le texte que j’ai sorti en 20min. Je pense qu’il correspond au déclencheur #5. J’espère qu’il ne contient pas trop de fautes d’orthographe ou de français. Sinon je compte sur vous.

Ce foutu tube de dentifrice était posé là, sur le bord du lavabo. Le capuchon gisait un peu plus loin, comme d’habitude. Il leva les yeux, fixa son image dans le miroir. Des traits fatigués. Une légère lueur de colère et un frisson qui lui montait le long de l’échine.

Il prit le tube et le balança en travers de la pièce. Du dentifrice gicla sur les murs comme du sang après un coup de couteau.

Il franchit la porte, se cognant l’épaule au passage dans l’encadrement et jura.

« Marie. » Il longea le couloir en direction de la chambre. « Marie ça fait vingt fois que je te dis de reboucher le tube de dentifrice. J’en ai marre, t’entends ? Ras le bol. Alors tu vas le ramasser, le reboucher et le ranger. Compris ? »

La petite fille se tenait recroquevillée sur son lit. Elle regardait cet homme terrible vêtu d’une chemise blanche et d’un pantalon de jeans délavé. Il fallait bouger. Maintenant. Ordonner à ce corps frêle de se mouvoir, de descendre du lit sans un bruit, d’aller dans la salle de bain, de ramasser le tube probablement explosé et de nettoyer sans un mot. Il fallait qu’elle obéisse.

« Ne me force pas à… »

« …me répéter, » chuchota-t-elle en impulsant un début de mouvement.

« Quoi ? »

Ne pas répondre. Surtout pas.

Elle parvint à détendre un peu ses muscles. Lentement, comme engourdie par une nuit d’hiver, elle passa près de lui et sentit son odeur de frites et d’huile recuite. Un léger haut-le-cœur. Il ne bougea pas. Elle se glissa entre lui et la porte sans même bousculer le peu d’air qui s’y trouvait.

Elle remonta le couloir. Ses pas résonnaient dans son esprit. Elle pensa à ces prisonniers qui remontaient eux aussi un couloir, vers une porte, la dernière porte, le dernier couloir.

Le tube se tenait bien là comme elle se l’imaginait, pauvre corps longiligne lâchement assassiné.

C’est comme ça que je te déteste

J’ai le stylo dans les tripes, l’ordi dans les talons, le cahier salive et ce cœur n’aura pas fait couler beaucoup d’encre.
Vous êtes tous plus grands que moi. Si si je vous l’assure. Votre nom figure sur des couvertures et moi, à force de sommeil, c’est la couverture qui figure sur mon non.
Non, pas un mot. Pas un seul petit mot ne sort correctement de cette bouche baveuse, libidineuse, qui ferait bien des choses pour entendre… je sortirais ma langue et je l’en caresserais jusqu’à l’extase.
Pourtant voilà. Voili, voiloù, elle n’a pas vu le loup.
C’est comme cette bagnole toute neuve. Jeune permis de tuer. Cet A(bruti), cet A(ttardé), cet A(charnement), cet A(ccident), cet A(nonyme). Incapable d’épeler ce nom qu’il n’a jamais su.
Tu me regardes, le verre à la main. Une vieille envie de fumer, fumiste, fumier. Et tu te marres… ô connard!
Comment voudrais-tu que je ne t’insulte pas? Ta présence m’est une insulte.
T’es là, dans l’entrebâillement de la porte. Position décontractée. Léger sourire, en coin, forcément. Et t’as pas l’air de vouloir bouger. Et c’est comme dans ses rêves, tu sais, où il ne peut rien faire. Il frappe, le poing fonce au ralenti. Le cri. Quel cri? Ce truc qu’il fait avec sa bouche grande ouverte? Mime grotesque.
Impuissant.
On s’arrête aux préliminaires? Précoce. Elle va prendre son pied ailleurs. Tout ça par ta faute. Tu observes, tu menaces comme l’orage qui tarde à venir. Tu m’étouffes.
Alors oui. C’est comme ça que je te déteste.
Je prendrais bien une corde, y faire un nœud coulant, ça changerait, tu sais, des nœuds qui sont dans la mienne. Et puis je te pendrais. Parce que sincèrement, je te déteste, comme ça, ou autrement.