Aux esprits chafouins

Il y a quelques temps ((Oui, j’ai besoin de temps pour digérer les choses. Bien, en réalité ce texte traine dans les brouillons depuis un bon moment sans jamais oser en sortir. Gageons qu’il trouve encore sa place dans l’actualité.)), j’ai lu des tweets effarants, sur le communautarisme, la charte des langues régionales et minoritaires, etc. Les tenants de la culture des Lumières et des Droits de l’Homme me semblent tellement obtus, tellement communautaristes eux-mêmes au plus profond d’eux, parce que ce qui est différent, ce qui touche à leur petit confort, à leurs petites habitudes, leur faire peur.

Je n’ai pas peur des femmes voilées, je n’ai pas peur des personnes qui portent une croix visible ni des signes d’une ancienne religion. Je n’en épouse pas pour autant les convictions.

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Atelier d’écriture

Dans mon premier article, j’ai oublié de préciser que ma fille avait été scolarisée à Diwan pendant 3 ans. Depuis le début de cette année scolaire (2013), elle a rejoint le système monolingue, ce qui évidemment réduit encore plus l’exposition à la langue bretonne et complique son apprentissage. Continuer la lecture de « Atelier d’écriture »

A mes grand-parents

Vous n’allez peut-être pas le croire, mais l’odeur du savon de chez mes grand-parents vient à nouveau d’envahir mes narines. Je revois la salle de bain. Vide. Il y a la lumière fragile du plafonnier. La baignoire à gauche. Le lavabo. Le bidet quelque part entre les deux. Je crois. Sur le lavabo, le porte-savon et le savon lui-même qui m’a servi tant de fois. Il y a aussi le blaireau dont les poils se dressent vers le plafond.

C’est étrange. Chaque fois que j’ai revu en esprit les pièces de ce petit appartement de région parisienne, elles étaient toujours vides. Même dans mes rêves. Surtout dans mes rêves. La chambre de mes grand-parents, avec cette armoire que j’avais fini par récupérer. La chambre de mon père. Je remonte les marches. Un vieux papier peint fait de marron, de vert et d’innombrables cerfs qui courent, qui fuient peut-être d’invisibles chasseurs.
Dans le salon siègent encore des meubles qui me viendront aussi et dont j’ai dû me défaire. Le temps abîme tout. Le téléviseur à bouton sur son piédestal à roulettes qui entonnent encore l’École des fans. La fenêtre à double battant qui donne sur le balcon. De là je vois l’aire de jeu. La cage aux poules. Le tunnel en béton qui sentait l’urine de chien. La petite piste de sable qui accueillait nos courses de billes. L’espèce de préau qui résonnait souvent sous les coups des ballons. Je crois bien qu’il y avait un tourniquet aussi. Et quelques grands arbres, des sapins ?

Sous le balcon, la terrasse qui donnait sur les escaliers et l’ascenseur. Quand je jouais dehors et que le klaxon mélodieux du marchand de glaces retentissait, je courais me mettre en contrebas du balcon et j’attendais la pièce à régal. Cinq ou dix francs peut-être emballés dans une feuille de papier essuie-tout pour amortir la chute. Le prix d’une fusée. Une glace à l’eau pleine de colorant que je n’offrirais probablement pas à mes enfants, si elle existait encore.

Je referme la fenêtre et je vais dans la minuscule cuisine. Il y a juste de la place pour une table quelques placards autour de l’évier.

Je me souviens même des toilettes. Sombres elles aussi. Toutes les ampoules étaient faibles.

Je passe la porte d’entrée. Le couloir de l’immeuble est désert. Pas un bruit. Au fond à droite, comme à gauche d’ailleurs, mais nous passions souvent par la droite, deux battants de verre. Je me rappelle qu’un jour où j’avais entendu le camion du marchand de glaces, j’étais sorti en trombe et j’avais cru les portes ouvertes. Je n’avais réalisé mon erreur qu’au clong que fit mon crâne contre la porte. J’avais quand même réussi à avoir ma fusée et une belle bosse en prime.

J’arpente les couloirs comme des souvenirs et je n’y vois jamais ces deux êtres que j’ai aimé de tout mon cœur. Tout est vide. Irrémédiablement vide. Diablement vide. Comme s’ils avaient fui. Comme si je les avais fait fuir.

Alors parfois dans mes rêves je découvre des portes dans des endroits improbables de l’appartement. Des couloirs qui me donnent l’espoir de les retrouver. Et toujours cet espoir meurt et avec lui une partie de moi-même.

Il ne reste que des instantanés. Les ongles jaunis de mon grand-père et son odeur de « Gauloises ». Ses cheveux blancs et ses mots fléchés. Le petit verre de jaune. Ses baskets à scratch, les chaussures pour handicapés comme il disait.

Ma grand-mère est assise dans son fauteuil, enveloppée de sa robe de chambre. Ses cheveux qui frisent un peu. Son sourire. Elle est partie bien avant lui. Trop tôt, beaucoup trop tôt. C’est toujours trop tôt pour les gens qu’on aime.

Je me pose toujours la question de savoir ce que je serais devenu s’ils avaient vécu tous deux avant que je ne prenne le chemin de l’université. Surtout elle. Surtout elle qui parlait cette langue étrangère que j’ai toujours rechigné à apprendre. Parce qu’elle n’était plus là ?
Elle la parlait et pourtant je crois bien n’avoir jamais entendu que guten Appetit. C’est certainement faux. Sa famille est déjà venue nous visiter. J’ai sûrement entendu d’autres mots, d’autres phrases.
Alors je me dis souvent que je devrais l’apprendre, que ce n’est pas trop tard. C’est vrai. Mais je n’apprendrai plus rien d’elle. Plus rien d’eux. Plus rien de ce prisonnier de guerre et de cette jeune allemande.

Le temps abîme tout. Les souvenirs, les espoirs, et les vies qui s’accrochent au passé.

Twit’haiku

J’ai participé cette année au concours de Twit’Haiku organisé par La cantine numérique rennaise. J’ai eu l’agréable surprise de remporter le deuxième prix dans la catégorie langue bretonne.
Je me suis donc rendu avec ma plus grande fan à la cérémonie de remise des prix à Rennes, aux Champs libres.
Ce fut une soirée des plus plaisantes, j’en aurais appris un peu plus long sur cette forme poétique qui m’était inconnue il y a peu encore.

Je n’ai malheureusement aucune photo à vous proposer de mon sourire ravageur  ravagé par le trac, ma plus grande fan ayant été intimidée par le gros engin  appareil photo de son voisin. Bref, il faudra attendre les photos officielles et l’autorisation de reproduire celle sur laquelle je me trouve.
Vous pourrez également voir la soirée happening dans sa totalité, la vidéo sera mise en ligne dans les prochains jours sur Dailymotion probablement. Je ne manquerai pas de mettre un lien ici même.

On m’a offert un sac avec de « petits » cadeaux sympathiques et, tenue par une minuscule pince à linge, il y avait cette carte sur laquelle se trouvait mon haiku.

Qui a été traduit ainsi par le président du jury, Alain Kervern :

Flic floc plic ploc
La vitre de la fenêtre
moissonne les larmes de l’été

Chaque haiku avait droit à une petite analyse qui justifiait le choix du jury. Voici ce qui a été dit à propos du mien :

Evocation rythmée presque chantée de la pluie d’un jour d’été. Ce ne sont plus les champs que l’on moissonne, voici que c’est la vitre derrière laquelle on s’ennuie qui, symboliquement, récolte des gouttes de pluie assimilées à des larmes. La symbolique des images est utilisée ici avec originalité et adresse.

Je ne vous cacherai pas que je suis assez fier de moi. Il faut bien que je le sois de temps à autre ! 😉

A plus tard pour les images…

Cet instant de…

… là, vous y auriez mis à peu près n’importe quoi non ? Pour moi, ce sera du plaisir. Le plaisir de m’être offert cet instant aujourd’hui pour forger un tweet qui ressemblait à de l’écriture, ou plutôt à un jeu d’écriture.
Une personne que je suis @LaLangelliere cite une journaliste, écrivaine et femme politique dont je ne connaissais même pas l’existence : Françoise Giroud. La citation était la suivante :

La vérité, c’est le feu. Rien ne s’y mêle qu’elle ne dévore. On ne joue pas avec le feu.

J’ai trouvé ça profond, beau, simple. Alors je me suis dit et si j’essayais d’imiter ça en parlant du mensonge. Vint l’instant. L’instant où vous savez que vous avez quelque chose à faire de cette idée et que vous serez fier du résultat, peu importe qu’il ne soit pas bon.
Ce ne fut que le plaisir simple de jouer avec les mots, de tordre mes pensées pour réussir à sortir une idée que je voulais la plus proche possible de celle de l’écrivaine. Au bout de cet instant surgit enfin ceci :

Le mensonge, c’est l’eau. Rien n’y plonge qu’elle n’engloutisse. On ne vit pas sans eau.

Je ne vais pas vous mentir, j’ai éprouvé une certaine fierté en écrivant ces mots et j’en éprouve encore.
Pour nombre d’entre-vous cela peut paraître facile, vous l’auriez fait dix fois mieux, tellement mieux même, que vous n’auriez pris la peine de perdre votre temps dans un tel exercice.
Pour moi ce ne fut pas facile, parce que, parfois, j’ai honte de ce que je peux penser. Non pas que mes pensées soient d’une perversité digne de l’asile, mais j’ai honte de ce qui peut sortir de mon esprit, comme si c’était de si peu de valeur que je ferais mieux de me taire, de laisser ce silence visuel qui fait que la pensée non écrite est d’or.
Je suis une vrai mine d’or. Si vous saviez tout ce que je tais, tout ce que j’enfouie parce que, les dieux m’en soient témoins, je ne suis pas un grand penseur, pas la moitié du quart d’un philosophe. Et puisque je ne pourrai jamais marquer ce siècle, pourquoi donc l’ouvrir, m’ouvrir ?
Pourquoi tenter de partager avec les inconnus, ou non, que vous êtes, ce qui peut me traverser l’esprit ?

Je n’en sais rien.
L’envie m’est venue de le faire. Peut-être le ferai-je encore. Sûrement. A moins que vous ne préféreriez que je reste cette mine d’or cachée, enfouie sous une cité perdue au fond d’un océan ?

La nuit je mens

Je mens le jour aussi. Je me mens à moi-même sans tromper personne. Et je lis, cherchant la Vérité dans cet océan de vérités éphémères. Et j’écoute ces voix qui disent la leur. Moi je n’ai que des mensonges à vous servir, qui ne vous tromperont pas. Je n’ai jamais su vous mentir, ni vous cacher ce que je ne saurais voir. Je mens tout en énonçant une vérité. Je suis sur la route, bien loin derrière Kerouac dont les couac et les ouac m’ont mis des claques. Tout ce retard pris, j’en ferais rire les types de la SNCF. Pas un rail pour m’aider. A quoi bon ? Je me tape une bière qui me tape et je frappe, je touche, et on me mouche. Me reste à la bouche que ce goût… amer.Oh merde et sarcasmes ! Les Sargasses m’agacent. Pas un pet, pas un souffle, pas un son. A quoi bon ? Je brode, je frotte, j’érode et éructe. Rejoué, réchauffé, remâcher. Ecran de micro-onde au dessus du clavier. Hello, c’est chaud, deux minutes trente. Et puis tout ramolli. Une consonne, deux voyelles et le con sonne puis se fait la belle.

 Ne crains pas le Reaper. Je ris de peur de pleurer. A qui tendre cette main tremblante qui tient un coupe papier ?

Premier texte

Il y a quelques temps de cela, j’ai fait la connaissance par internet de l’écrivain Lionel Davoust. Nous avons eu des échanges épistolaires sur l’écriture, sur la motivation, la procrastination et sur les principaux freins à l’écriture. Cette fameuse angoisse de la page blanche. Ce profond mal être à ne pouvoir mettre des idées sur des mots et des mots sur des idées. Le manque de confiance en soi.

Il a récemment lancé un challenge sur son blog. Pour ceux qui le souhaitent, trouver vingt minutes et écrire sur un des dix thèmes proposés. Vous pouvez lire l’article de lancement Déclencheurs pour écrire  et les thèmes de cette première semaine Un conflit frontal.

Je livre ici le texte que j’ai sorti en 20min. Je pense qu’il correspond au déclencheur #5. J’espère qu’il ne contient pas trop de fautes d’orthographe ou de français. Sinon je compte sur vous.

Ce foutu tube de dentifrice était posé là, sur le bord du lavabo. Le capuchon gisait un peu plus loin, comme d’habitude. Il leva les yeux, fixa son image dans le miroir. Des traits fatigués. Une légère lueur de colère et un frisson qui lui montait le long de l’échine.

Il prit le tube et le balança en travers de la pièce. Du dentifrice gicla sur les murs comme du sang après un coup de couteau.

Il franchit la porte, se cognant l’épaule au passage dans l’encadrement et jura.

« Marie. » Il longea le couloir en direction de la chambre. « Marie ça fait vingt fois que je te dis de reboucher le tube de dentifrice. J’en ai marre, t’entends ? Ras le bol. Alors tu vas le ramasser, le reboucher et le ranger. Compris ? »

La petite fille se tenait recroquevillée sur son lit. Elle regardait cet homme terrible vêtu d’une chemise blanche et d’un pantalon de jeans délavé. Il fallait bouger. Maintenant. Ordonner à ce corps frêle de se mouvoir, de descendre du lit sans un bruit, d’aller dans la salle de bain, de ramasser le tube probablement explosé et de nettoyer sans un mot. Il fallait qu’elle obéisse.

« Ne me force pas à… »

« …me répéter, » chuchota-t-elle en impulsant un début de mouvement.

« Quoi ? »

Ne pas répondre. Surtout pas.

Elle parvint à détendre un peu ses muscles. Lentement, comme engourdie par une nuit d’hiver, elle passa près de lui et sentit son odeur de frites et d’huile recuite. Un léger haut-le-cœur. Il ne bougea pas. Elle se glissa entre lui et la porte sans même bousculer le peu d’air qui s’y trouvait.

Elle remonta le couloir. Ses pas résonnaient dans son esprit. Elle pensa à ces prisonniers qui remontaient eux aussi un couloir, vers une porte, la dernière porte, le dernier couloir.

Le tube se tenait bien là comme elle se l’imaginait, pauvre corps longiligne lâchement assassiné.

C’est comme ça que je te déteste

J’ai le stylo dans les tripes, l’ordi dans les talons, le cahier salive et ce cœur n’aura pas fait couler beaucoup d’encre.
Vous êtes tous plus grands que moi. Si si je vous l’assure. Votre nom figure sur des couvertures et moi, à force de sommeil, c’est la couverture qui figure sur mon non.
Non, pas un mot. Pas un seul petit mot ne sort correctement de cette bouche baveuse, libidineuse, qui ferait bien des choses pour entendre… je sortirais ma langue et je l’en caresserais jusqu’à l’extase.
Pourtant voilà. Voili, voiloù, elle n’a pas vu le loup.
C’est comme cette bagnole toute neuve. Jeune permis de tuer. Cet A(bruti), cet A(ttardé), cet A(charnement), cet A(ccident), cet A(nonyme). Incapable d’épeler ce nom qu’il n’a jamais su.
Tu me regardes, le verre à la main. Une vieille envie de fumer, fumiste, fumier. Et tu te marres… ô connard!
Comment voudrais-tu que je ne t’insulte pas? Ta présence m’est une insulte.
T’es là, dans l’entrebâillement de la porte. Position décontractée. Léger sourire, en coin, forcément. Et t’as pas l’air de vouloir bouger. Et c’est comme dans ses rêves, tu sais, où il ne peut rien faire. Il frappe, le poing fonce au ralenti. Le cri. Quel cri? Ce truc qu’il fait avec sa bouche grande ouverte? Mime grotesque.
Impuissant.
On s’arrête aux préliminaires? Précoce. Elle va prendre son pied ailleurs. Tout ça par ta faute. Tu observes, tu menaces comme l’orage qui tarde à venir. Tu m’étouffes.
Alors oui. C’est comme ça que je te déteste.
Je prendrais bien une corde, y faire un nœud coulant, ça changerait, tu sais, des nœuds qui sont dans la mienne. Et puis je te pendrais. Parce que sincèrement, je te déteste, comme ça, ou autrement.